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Association Killiphile Francophone de Belgique

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Biologie de l’oeuf des killies

mercredi 1er janvier 1975

Biologie de l’oeuf des killies

travaillé par P.bérat

Une série de Cyprinodontidés ovipares de la sous famille Rivulinae occupent des eaux temporaires de l’Amérique du sud et de l’Afrique tropicale, telles que des fosses, étangs, marais, lagunes et les zones de débordement des rivières, qui durant la saison sèche ne contiennent plus qu’un peu ou plus d’eau. Le sol de ces eaux est constitué d’un substrat boueux, ressemblant à de la toube, riche de restes de plantes provenant de la vgétation en surplomb et de la chute de feuilles. Les poissons pondent durant la saison des pluie dans le sol boueux. Lorsque les eaux s’assèchent, les poissons adultes périssent mais les oeufs survivent dans le substrat restant légèrement humide durant la période de sécheresse qui s’étend sur une demi-année environ. Après le début de la saison des pluies les jeunes éclosent en grande quantité endéans les quelques heures, grandissent très vite et sont semi-adultes après 6 à 8 semaines et déjà sexués et commencent à pondre jusqu’à la fin de leur existence. Ce sont à ces conditions naturelles que nous nous heurtons lors que nous voulons reproduire des pondeurs de sol tels que Cynolebias et Pterolebias de l’Am. du sud et des espèces d’Aphyosemion et de Notobranchius d’Afrique.

Les poissons déposent leurs oeufs dans les fonds tourbeux durant plusieurs jours ou semaines. Cette tourbe est recueillie et asséchée jusqu’à ce que l’humidité reste à peine perceptible et est placée à incuber durant quelques mois. Après que l’on ait versé de l’eau sur l’ensemble, les jeunes éclosent.

Comment fonctionne donc ce mécanisme perfectionné qui régit le développement de l’embryon en concordance avec le changement bi-annuel des périodes séches et de pluies. Que se passe-t-il au juste dans les oeufs des killies durant cette période ?

Des recherches scientifiques (par Peters, Foersch, Scheel etc.) nous ont fourni des visions très claires sur les différents stades du développement. Je vais essayer de donner ici un aperçu aussi clair que possible du procédé. L’enveloppe de l’oeuf est d’une épaisseur relativement grande dans les proportions de celui-ci, elle est formée de plusieurs couches et possède une structure similaire au ’triplex’, de sorte qu’elle est à même de supporter de grandes pressions.

En plus de cela, l’enveloppe de l’oeuf possède de tous côtés des extensions filamenteuses qui remplissent les différentes fonctions suivantes :

1) elles repoussent mécaniquement les charges,

2) il s’y accroche de fines particules de substrat qui constituent un “manteau’ libre de protection,

3) entre ces petits ’cheveux’, l’eau est partiellement maintenue ce qui diminue une perte d’eau trop importante.

Les oeufs sont déposés dans un substrat qui est presque totalement dépourvu d’oxygène. Les raisons de ceci sont les procédés de transformation nécessitant de l’oxygéne, de telle sorte qu’une concentration d’hydrogène sulfureux apparaisse.

Les oeufs commencent cependant leur développement quelques heures après la ponte et la fécondation. Dans l’oeuf fécondé,on peut apercevoir sur le ’jaune d’oeuf’ un germe d’où découlera un corps arrondi (blastula). Lentement, ce corps va se diviser et s’étendre, d’abord en deux cellules, 4 cellules,8 cellules, 16 cellules etc... La grandeur des cellules diminuent d’autant qu’elles croissent en nombre, de telle sorte que le jaune d’oeuf sera recouvert d’un couvercle de cellules qui le recouvre entièrement.

Ici le développement embryonnal se bloque et l’oeuf peut rester dans cet état durant plusieurs mois. Une période de repos (’oeuf en repos’ ou Diapause I de Peters) apparait,qui se poursuit jusqu’à l’instant ou l’embryon dispose d’assez d’oxygène pour poursuivre son développement. Ceci est le cas lorsque l’eau s’assèche (ou que la tourbe soit retiré de l’eau et asséchée) et que l’oxygène pénètre dans le substrat de ponte.C’est la raison pour laquelle les oeufs déposés au sommet du substrat commencent les premiers à se développer.

Lorsque le développement se poursuit, il apparaîtra très vite un petit corps, à savoir l’embryon. Endéans un à deux jours, l’embryon remplit la moité de l’enveloppe, à savoir 180’ et sa tête, le tronc et la queue apparaissent. Dans cette phase, les embryons des espèces Africaines annuelles et ’semi-annuelles’ peuvent à nouveau entrer dans une période de repos de plusieurs mois (“embryon en repos” ou Diapause II de Peters).

Pour les espèces annuelles de Killies américains, cette phase ne semble pas se produire. La durée de cette deuxième période de repos diffère d’après l’espèce et s’écoule sur une période moyenne d’environ 4 semaines. En suite de quoi, le développement se poursuit, sans raisons apparentes (?), durant la saison sèche. L’embryon grandit, les premiers signes signalant le système circulatoire apparaissent, une forme complète de poisson devient visible, l’embryon est prêt pour l’éclosion.

A présent la croissance dans l’enveloppe de l’oeuf se ralentit jusqu’à s’arrêter t.otalerent (le sac vitellin est consommé), la circulation sanguine se ralentit et finalement une troisième période de repos apparait (’l’alevin au repos’ ou Diapause V+ de Peters). La consommation énergétique est si faible que l’alevin peut encore subsister dans l’enveloppe durant plusieurs mois. Il ne quittera l’enveloppe qu’à l’arrivée des premières pluies. Vu qu’à ce moment l’eau riche en oxygène se mélange aux restes organiques riches du sol, une réaction intense du procédé d’oxydation se produit causant une diminution très nette de la disponibilité en oxygène.

Comme ’l’alevin au repos’ ne parvient plus à obtenir l’échange d’oxygène nécessaire pour l’écoulement de sa Diapause, les coquilles de l’oeuf éclatent, les eaux neuves résultant des pluies se voient remplies à profusion d’alevins fraîchement éclos. La boucle est refermée.

En ce qui concerne maintenant les oeufs des espèces semi-annuelles (telles que A.gulare, A.arnoldi, A.walkerietc. et de nombreuses sortes de Notobranchius) de nombreux stades similaires se produisent. Après la division cellulaire certains oeufs peuvent attendre et entrer en Diapause l, tandis que les autres continuent à se développer normalement.

Des oeufs de telles espèces et d’espèces ’pas annuelles’ devraient être conservés dans un milieu sans oxygène vu que dans d’autres conditions les embryos mourront.
Certains d’entre eux entreront également dans le stade de la Diapause II(embryon au repos).

Ils est remarquable que l’embryon arrivé à maturité de différentes espèces de killies qui ne sont pas supposé représenter des espèces annuelies, entrent souvent dans la troisième ’période de repos” (Diapause V+) et même chez Epiplattys fasciolatus un complet arrêt de la circulation sanguine fut découvert alors que le développement de l’embryon dans son enveloppe n’était pas encore complété.

De tout ce qui précède il est à se demander si l’on ne peut pas influencer les différents états (apport d’oxygène apport d’acide carboniqueasséchage etc.) afin d’influencer d’une certaine manière la période d’incubation, et de diminuer ainsi les périodes de repos. Cela est aléatoire car les périodes d’incubations varient fortement suivant les auteurs différents (p.ex. A.sjoestedti nécessite une période d’incubation selon certains de 3 mois, selon d’autres de 6 semaines, tandis que d’autres sources spécifient 5 mois !).

C’est un terrain de travail interressant pour les amateurs killiphiles !

Littérature :’Rivulins of The Old World’ de J.J.Scheel.

’Aquarien Magazin’ (Heft3/mars 1974) de N.Peters

Photo : Aplocheilus lineatus ( Wuyts BKV 19)

Retrouvez l’article et le reste de la première revue de 1975 :

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