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L’histoire du genre Roloffia

jeudi 28 août 2014, par webmaster

L’histoire du genre Roloffia

2014-02-16T16:57:25

par E. Roloff‘.

Traduit : de l’anglais par P.Watteeuw.

Cette histoire débuta en 1959 lorsque je présentai à mon ami danois Ove Larsen un couple de Nothobranchius rachovi. Ce joli poisson avait disparu d’Europe depuis la dernière guerre mais je fus à même de le retrouver en 1958 au Mozambique. Mon ami Larsen transmit alors le couple de N.Rachovi au Col.J.Scheel qui peu de temps après m’envoya ses ’Killies-Letters“ et me suggéra une collaboration. Notre collaboration devint assez intensive durant les quelques années qui suivirent. Durant cette période, Scheel recevait fréquemment des killies de l’Afrique Occidentale du zoologue danois Stenholt Clausen qui vivait là-bas depuis quelques années. Scheel avait entrepris la tâche d’étudier ces poissons, de les croiser, etc... aidant en cela Clausen à préparer ses travaux concernant ces poissons. Suite à une suggestion de Scneel. je lui envoyai également des killies provenants de mes expéditions au Sierra Leone de sorte que Clausen puisse les identifier et, si nécessaire, les décrire en tant qu’espèces nouvelles. A cette époque, J’étais également très intéressé par des espèces rares et nouvelles d’autres genres. J’attendais avec impatience les résultats positifs de notre groupe de travail. En 1962 et 1963, je fus également à même de ramener du Sierra Leona difïérentes populations du ’golden pheasant’, Clausen en fut très heureux. Il avait établi qu’il ne pouvait pas être identique à l’espèce que Boulanger en 1915 et myers en 1933 décrivirent en tant qu’Aphyosemion sjoestedti (Lënnber 1895).

Après quelques recherches il fut décidé que le ’golden pheasant’ représentait une espèce non-encore décrite et qu‘ Aphyosemion coeruleum (Boulanger, 1915) était un synonyme junior d’A.Sjoestedti. De part mes annotations des endroits exacts où fut trouvé ce poisson. Clausen fut à même de décrire 1e ’golden pheasant’ en tant qu’une nouvelle espèce : A.occidentale (Clausen, 1966).

Déjà quelques temps avant cette description Scheel et Clausen en étaient arrivés à la conclusion que A.occidentale et les espèces apparentées différaient tant des autres espèces d’Aphyosemion que l’établissement d’un nouveau genre était nécessaire. Ils souhaitaient nommer ce nouveau genre en mon honneur, mais je déclinai l’offre plusieurs fois. Scheel m’écrivit dans une lettre datée du 22/11/1965 ce qui suit : ’ Genre Roloffia : Je suis très désolé que vous n’ayez pas confiance en moi du fait que vous pensez qu’un nouveau genree créé par Stenholt Clausen (et approuvé par moi) ne serait pas très valable dans le futur. Je puis vous assurer que,l’unité taxonomique dans laquelle SJO (nouveau code = 0CC), GUI, ROL. ER, LIE, PET etc... seront placés, est un vrai genre et que ce genre ne sera pas basé sur des caractères aussi primitifs que la position des nageoires, des écailles. etc... etc... Nous serions heureux d’utiliser le nom Roloffia pour honorer votre beau travail concernant ce groupe de rivulinés... ’.

Ce n’est que lorsque Clausen m’écrivit personnellement une très aimable lettre d’Afrique Occidentale en mentionnant également que déjà en tant qu’écolier, il lisait mes articles avec grand intérêt, que je donnai mon accord pour le nom Roloffia. Je cessai ma collaboration avec Scheel aux environs de la fin 1965, lorsque je découvris qu’il avait utilisé mes killies, que je lui avait expédié gratuitement pour des buts d’étude, pour ses propres publications. D’après nos accords écrits par ailleurs, il n’était seulement autorisé de le faire que lorsque Clausen les avaient décrits et que j’avais écrit moi-même des articles à leur sujet. Un accord de cette sorte était très naturel car j’avais récolté ces poissons en vue de poursuivre quelque chose que j’avais entrepris depuis des décades : récolter des poissons rares et nouveaux sous les tropiques et rédiger des rapports les concernant. Lorsque je reprochai à Scheel d’avoir violé notre accord, il me répondit le 3/12/1965 : ’ Nous payons tous deux pour notre hobby. mais vous au moins avez réalisé une belle expédition sous les tropiques et pour cela il est également naturel de payer. ’

Scheel ne tenait simplement pas compte que j’avais dû réaliser un nombre de sacrifices en vue de financer mes nombreuses expéditions sous les tropiques. J’y allai seul et sans aucune aide de quiconque. De plus, ces expéditions ne sont pas de ’Jolies expéditions’. Elles sont souvent extrêmement éprouvantes et peuvent amener à contracter des maladies dangereuses. Après une de mes expéditions je revins avec la malaria tropica. Clausen contracte diverses maladies très dangereuses desquelles il ne s’est jamais rétabli.

Au début de 1967, Clausen cessa également sa collaboration avec Scheel pour les mêmes raisons pour lesquelles j’avais cesser la mienne. Clausen était revenu d’Afrique occidentale en fin 1966, souffrant de bilhariose et de filariose.

Sa santé empire finalement à tel point qu’il dût abandonnet son travail. Je continue ses recherches sur les espèces de Roloffia, je partis pour d’autres expéditions en Afrique occidentale et décrivis seul ou en compagnie du Prof. Dr. Ladiges d’autres nouvelles espèces de Roloffia.

Je ne pouvais pas m’imaginer qu’un tel idéalisme de ma part pouvait créer de la mauvaise foi dans certains milieux. En août 1969, je donnai une conférence et une présentation de diapositives au cours de la Convention de l’AKA à Palo Alto. Tous mes amis de l’AKA furent extrêmement gentils à mon égard et d’après les ’Killies Notes’de septembre l969. ma conférence fut très bien appréciée. Myers fit un bref exposé relatif aux Aphyosemion durant la convention. Il ne fit par ailleurs jamais mention des espèces de Roloffia. Lorsqu’un des membres le questionne en fin de son exposé au sujet des Roloffia, il répondit ’ Pour autant que je suis concerné, il n’existe guère de telles choses comme des Roloffia, que tous étaient des Aphyosemion ’. Apparament il était assez irrité de la question car il poursuivit sa réponse par des remarques désobligeantes à mon égard. Je ne pus simplement pas comprendre sa réaction. car je n’avais eu aucun différent de quelque sorte que ce soit avec lui. J’avais correspondu avec lui, même lorsque l’Allemagne et l’Angleterre étaient en guerre et je m’arrangeai également à l’époque pour lui envoyer des poissons préservés que j’avais récolté en République Dominicaine en 1938.

De par cette correspondance et de par ma collaboration avec le British Museum, il devait savoir que je ne fus jamais un Nazi et n’avais de préjugés raciaux de quelque sorte que ce soit. Ce n’est que trois mois plus tard que je compris les raisons cachées de ces faits.

A cette époque, Myers avait demandé à la Commission Internationale de Nomenclature Zoologique un règlement visant à désigner A.Occidentale (Clausen, 1966) en tant qu’espèce-type pour Callopanchax : (Myers, 1933) et pour déclarer invalide le genre Roloffia, qui serait dès lors privé de son espèce-type. Il établissait pour raison de sa requête le fait qu’il avait commis une erreur en 1933 lorsqu’il créa le sous-genre Callopanchax.

A cette époque, il avait confondu A.sjoestedti (Lännberg, 1895) avec le ’golden pheasant’, A.Occidentale. Comme on peut le voir, par ailleurs, dans l’article intitulé ’ The problem of the identification of Roloffia and Aphvosemion ’ dans JAKA, mars 1974 par le Dr. H.Grimm (Université de Hambourg) : Clausen avait réalisé un travail si excellent en créant 1e genre Roloffia qu’il ne pouvait être contredit par aucun argument. Scheel affirmait également dans sa lettre du 22/11/965 que le genre Roloffia continuerait à être valide dans le futur. Sous de telles circons- tances, Myers n’avait d’autre recours dans sa requête à la Commission que d’admettre qu’il avait commis lui-même une sérieuse erreur. I1 avait décrit son espèce-type A.sjoestedti après n’avoir étudié qu’un spécimen d’aquarium d’origine inconnue et sans avoir étudié le matériel type de Lönnberg. Il avait mentionné pour son type les rayons dans la dorsale avec 17-19 ce qui correspondait également à la description de Lônnberg de A.sjoestedti. Clausen, par ailleurs, avait mentionné pour les rayons dans D. pour son A.Occidentale (’Golden pheasant’) avec jusqu’à 23 et fréquemment 2l “ basé sur l’examen de plus de 70 spécimens. De plus, l’aire de répartition que Myers mentionnait pour son ’sjoestedti’ : ’ Sierra Leone jusqu’au sud du Cameroun ’ est fausse. Le ’golden pheasant’ se rencontre au Sierra Leone, mais pas par ailleurs, au Cameroun, tandis que c’est l’opposé pour Sjoestedti‘ : on le rencontre au Cameroun, mais pas au. Sierra Leone.

Myers avait également mal identifié l’espèce-type pour le sous—genre Fundulopanchax Myers, 1924, car l’espèce-type A.coeruleum est un synonyme junior d’A.sjoestedti. Vu que ce genre fut très mal créé, Fundulopanchax ne fut jamais à même de garder son statut propre. Ces espèces furent simplement nommées Aphyosemion. Même le genre Aphyosemion Myers, 1924 est basé sur une espèce-type mal identifiée : A.castaneum Myers, 1924. Ce nom est un synonyme junior de A.Christii comme il le fut établi par Lambert, Scheel et d’autres. Des cas dans lesquels l’espèce-type fut mal identifiée ont été présentés à la Commission de Nomenclature. cette commission a les pleins pouvoirs pour déclarer l’espèce,en tant qu’espèce- type,qui sert au mieux la stabilité et l’universalité de la Nomenclature. Lorsque Myers présenta sa requête à la Commssion en 1959, le genre Roloffia avait depuis longtemps atteint la stabilité et l’universalité. En contraste avec ceci, le sous- genre Callopanchax qui fut créé par Myers en 1933 ne consistait qu’en une seule espèce, à savoir le mal identifié A.sjoestedti. Dans ce cas, d’après l’article 7D (a) des Règles de la Commission de Nomenclature, A.Occidentale devrait rester dans le genre Roloffia qui devrait alors continuer à être valide. Le fait que la Commission en ait étonnement décidé autrement dans son ’Opinion 1010’ le fut pour les raisons suivantes : 1. De par la requête de Myers on ne pouvait discerner qu’une seule espèce mal identifiée appartenant à Callopanchax qui fut créé en 1933 et que le nom Callooanchax ne fut plus utilisé depuis 1933. 2. Dans la requête de Myers, l’universalité et la stabilité de Rolofiia ne furent pas mentionnées. J. Clausen ne fut pas à même d’objecter à cette requête vu qu ’il était si sérieusement malade. 4. Les membres de la Commission ne furent à même de voter que pour ou contre la requête de Myers du fait du type de papier de vote et de ce fait n’eurent pas la possibilité d’appliquer le principe de la stabilité et de l’universalité. De par 1’ Opinion 1010 on peut constater que plusieurs membres de la Commission s’opposèrent vivement à la requête de Myers. Ils restèrent par ailleurs minoritaires, v uque les autres membres ne furent pas informés des différents aspects du cas.

Dans sa lettre publiée dans le JAKA, avril 1975, Myers suggère que les killiphiles oublient à la fois Roloffia et Callopanchax et réfèrent toutes les espèces à Aphyosemion. Il maintient par ailleurs que même Scheel est d’accord avec lui que les espèces référées à Roloffia n’étaient pas assez distinctes des autres espèces d’Aphyosemion pour justifier de les placer dans un genre Roloffia séparé. Cette affirmation, par ailleurs, est en complète contradiction avec ce que déclare Scheel dans sa lettre du 22/11/1965 et avec l’article sus-mentionné du Dr. Grimm. Myers avait également oublié d’informer les lecteurs du JAKA qu’il avait basé sa requête à la comission principalement sur ses propres erreurs. cette attitude indique que Myers était intéressé à en revenir à Clausen qui avait signalé dans son ouvrage sur Roloffia différentes erreurs flagrantes faites par Myers. Dans sa requête, Myers ne considérait en aucun cas qu’il détruisait le travail scientifique extrêmenent valable de Clausen. Ce travail vint à conclusion après de nombreuses années de recherches en Afrique occidentale et au détriment de la santé de Clausen.

Dans l’entrefaite, une requête de revalidation de Roloffia fut envoyée à la Commission de Nomenclature. Elle est bien établie et est supportée par de nombreux scientifiques connus.

La Commission devra à présent arriver à une nouvelle décision d’après ses propres règlements en considérant en même temps et impartialement toutes les informations concernées. Elle devra arriver à une décision qui est au-dessus de toutes considérations personnelles et politiques ,s’il s’agit de maintenir son excellente réputation. Autrement, la Commission deviendrait une espèce d’ONU de la Nomenclature. Après avoir considéré tous les aspects différents de la requête de revalidation , la Commission sera à même d’arriver à une décision juste.

Retrouvez l’article d’origine dans le killi-contact 1976-2 :

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