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INTRODUCTION A L‘ETUDE DU GENRE NOTHOBRANCHIUS

dimanche 28 septembre 2014, par webmaster

INTRODUCTION A L‘ETUDE DU GENRE NOTHOBRANCHIUS

Dr. R. Romand. Boston, Mass.U.S.A.

L’histoire du genre Nothobranchius comence avec la description de Nothobranchius Orthonotus en 1844 par Dr. WILHEM Esters de Berlin, qui les découvrit dans le région du delta du Zambèze (JUBB 1975). Cette découverte fut le premier pas vers d’autres découvertes qui devaient aboutir à la description de Nothobranchius Toeniopigus (HILGENDORF 1888) et du bien connu Nothobranchius Guentheri (PFEFFER 1893]. Malheureusement, ce dernier a souvent été l’objet de confusion comme l’ont montré SCHEEL 1968 et BAYLEY 1972.

La description des Nothobranchius peut se diviser essentiellement en trois périodes :

s) 1844-1907 avec comme exemple Nothobranchius Orthonotus (PETERS 1844),Guentheri (PFEFFER 1893), Neumanni (HILGENDORF 1905) et Palmquisti (LONNBERG 1907).

h) 1924-1938 Citons Nothobranchius rachovii (AHL 1926),Kuhntae (ALH 1925) et brieni (POLL 1938).

o) 1960... Nothobranchius rubroreticulatus (BLACHE et MILTON 1960), furzeri (JUBB 1971) et Korthausae (MŒINKEN 1973) et un certain nombre de N.U. qui attendent une description et surtout un nom.

Malgré les erreursqui ont pu être commises dans le passé, la confusion est loin d’atteindre celle que l’on connaît pour le genre Aphyosemion.

Après ce court historique, attardons-nous à la description du lieu d’habitat du genre Nothobranchius. qui est à mon avis d’un intérêt primordial aussi bien du point de vue de le compréhension de la systématique de ce genre que de leur mode de reproduction (ce qui intéresse surtout le killiphile).

Ce genre est surtout localisé dans les petits cours d’eau, les mares, marais, lagune des régions orientale et centrale de l’Afrique tropicale. Pour être plus précis. citons entre autres les pays tels que le Mozambique, le Malawi, la Rhodésie, l’Afrique du Sud et le Kenia. Cependant, RADDA 19741 mentionne avoir rencontré Nothobranchius rubroreticulatus au Cameroun, ce qui laisserait à penser que la distribution géographique de ce genre est peut-être plus large qu’on ne le pense. Le milieu topographique dans lequel vivent les Nothobranchius peut être classé dans la zone des savanes, avec un climat semi-désertique, si on se limite a l’analyse succinte donnée par WRIGHT 1975. La ré-

partition des Nothos est en général liée à l’alternance de deux saisons, la saison des pluies et la saison sèche. Les deux saisons peuvent avoir une importance variable l’une par rapport à l’autre suivant les années. Même si les conditions climatiques sont assez semblables, on peut écologiquement les répartir en trois zones.

a) Marais, mares, ruisseaux n’étant pas en communication avec un réseau hydrographique important, mais subissant quelquefois pendant une partie de l’année de fortes pluies pouvant

provoquer des inondations locales. Pendant la saison sèche,mares et ruisseaux sont complètement asséchés.

b) Marais et parties d’une région subissant une inondation annuelle durant la saison des pluies et s‘assêchant complètement durant la saison sèche.

c) Marais ou lacs subissant une réduction importante de surface durant la saison sèche mais n’étant pas entièrement asséchés.

Dans ces trois zones on peut s’attendre à trouver avec plus ou moins de succès certaines espèces de Nothos. Dans la première catégorie, on peut donner en exemple certaines régions du MALAWI, notamment la partie supérieure de la Shire river entre SALIMA et LIWANDE Jubb 1975) et plus généralement entre le lac MALAWI et la RHODESIE. La saison des pluies forme des mares et

des zones où l’eau stagne en surface. Ces régions seront l’habitat de Nothos tels que Orthonotus forme rouge, U 9 et U 10. La répartition des Nothos dans cette zone n’est pas uniforme, c’est ainsi, dans une mare on peut trouver une espèce donnée de Nothos sans pour autant être sûr de la retrouver dans les mares avoisinantes qui pourtant ont la même évolution du niveau d’eau

et remplissant toutes les conditions nécessaires à la survie des Nothos (GRANT 1975). Quelquefois les Nothos seront les seuls habitants de la mare à l’exception de quelques batraciens et lépidosirènes. Généralement on ne trouve qu’une seule espèce de Nothos par mare. Pour la deuxième zone géographique on peut prendre come exemple la partie inférieure du Zambèze et

son delta. Le Zambèze et ses affluents sont sujets à des inondations saisonnières importantes et régulières. Dans ce cas on trouvera dans les marais, les zones de débordement, différentes

espèces de Nothos ; c’est ainsi que E. ROLOFF (1962) visitant BEIRA en juillet 1958, trouva des Nothos dans le fossé d’un bord de route des environs. Le fossé commençait à s’assécher

(la saison des pluies commençant en novembre) et ne contenait de l’eau que dans les endroits les plus profonds. Une abondante végétation marécageuse occupait les bords de ce fossé, le fond

était couvert de débris végétaux en décomposition. ROLOFF trouva Nothos rachovii et d’autres membres du genre Nothos ; d’autres poissons étaient présents tels que Puntius palidinosus et quel-

ques jeunes Tilapia. La différence par rapport à la première zone est la présence de plusieurs espèces de Nothos dans le même plan d’eau, ainsi que la cohabitation avec d’autres poissons.

Ceci s’explique aisément, durant toute la saison des pluies toute la région est inondée et les poissons peuvent migrer facilement d’une mare à l’autre.

La troisième région écologique peut être représentée par l’île de MAFIA dans l’0céan Indien, longue de 150 km et située à environ 130 km de la côte du Mozambique. Cette île est très peu élevée au-dessus du niveau de l’océan et n’a ni rivière, ni lac, seulement quelques marécages et fosses contenant assez d’eau douce pour supporter la vie aquatique. Il semble que certaines parties plus profondes des marécages ne soient jamais asséchées.C’est dans cette île que Nothos Korthausae fut découvert par Dr. HERKNER et Mrs. KÛRTHAUS en 1972 (MŒINEEH 1913). Dans ces mêmes marais on peut trouver une espèce de Tilapia, Tilapia Urolespis (NORMANN 1922).

En conclusion de ce paragraphe on peut dire que l’isolement géographique est un facteur important dans le processus de spéciation, ce qui est vrai pour les Aphyosemions et même pour tout être vivant .

Après ces très sommaires considérations géographiques, attachons-nous à connaître le milieu physico-chimique des Nothos.

Il serait fastidieux et très long de comparer l’environnement de chaque espèce, notre étude sera donc globale.

En général, la littérature aquariophyle suggère une eau dont le pH varie de 6 à 7, la température de 20 a 25°C et le DH de 15 au moins comme étant favorable à la reproduction des Nothos en

aquarium (LANGTON 1973, TURNER et PAFENYK). Ceci est en partie exact pour la majorité des Nothos de la 2ème ou 3ème génération en captivité. Cependant si on a la chance d’importer ou d’ob-

tenir des spécimens sauvages, ces conditions sont souvent loin de remplir les caractéristiques propices à la reproduction de nos pensionnaires. Il faut bien se représenter l’habitat des Nothos, non pas comme une zone écologique stable du point de vue de ses caractères physiques et chimiques, mais plutôt comme une modification permanente du milieu et de ses données aboutissant dans la majorité des cas à l’assèchement complet de cette zone. Si par exemple on prend la teneur en 02 de l’eau(ou pression partielle), cette dernière va changer entre autre avec le mouvement de l’eau, la température et le degré de végétation environnante. Ces facteurs vont évidemment évoluer différemment durant l’année. Au début de la saison des pluies,une grande masse d’eau provenant des pluies et des crues des rivières avoisinantes envahit les marais et les mares asséchés. Cette eau a une teneur relativement élevée en 02, ceci est dû en partie à la température relativement basse de l’eau 18-25°C(ROLOFF 1962), au terrain ainsi qu’à son brassage constant.Cette teneur en 02 de l’eau a un rôle physiologique très important dans l’éclosion des oeufs de oyprinodontidae et plus particulièrement des Nothos. Les observations du Dr.REINHOLD BECH dans ’Aquarien Terraren’ s’ajoutent aux travaux scientifiques de NICHOLAUS PETERS, montrent que l’oxygène est le facteur direct dans l’éclosion des alevins. Cela ne veut pas dire que le gaz carbonique ne joue aucun rôle mais il est indirect(BERAT 1975).Si l’on analyse la teneur en 02 de cette même zone à la fin de

la saison des pluies, on la trouvera asses fortement diminuée (augmentation de la température de l’eau, arrêt du mouvement de la masse d’eau, etc...). Un autre exemple tout aussi frappant est le degré de dureté de l’eau. Au début de la saison des pluies la dureté de l’eau est très faible, entre O et 2 DH(ref 17,1 ppm) pour la majorité des zones où l’on rencontre des Nothos, quelques mois plus tard la dureté est de 4 ou 5.

Pour certaines zones comme les environs du lac CHILWA qui sont peuplées par Nothos Kirki, la salinité de l’eau peut atteindre 16,5 mg/litre (JUBB 1969, RICCO). Ceci est important car l’amateur de Nothos aura à adapter la chimie de son aquarium en fonction de l’âge de ses pensionnaires. A l’éclosion on utilisera une eau plutôt douce, une eau plus dure peut également convenir et parfois elle sera favorable à la reproduction et a la bonne santé des Nothos.

En ce qui concerne la température, on peut avoir des variations relativement importantes entre le jour et la nuit. Spécialement durant la saison sèche. Il ne faut pas oublier que les poissons sont des êtres a sang froid, donc très sensibles aux variations de température. La connaissance de la température durant cette saison peut aider l’amateur de Nothos à choisir le niveau favorable à la conservation des oeufs. Pour ma part,je conseillerai environ 20°C. Cependant ROLOFF 1962 recommandede maintenir les oeufs à une température régulière de 15°C.Durant l’année, la température des marais et des mares peut varier entre 10° et 30° et plus ; tel est le cas pour l’habitat

de Nothos Korthausae qui peut atteindre plus de 35° durant la saison sèche (FOERSGH 1974).

Cependant, même si ces facteurs sont étudiés séparément, une interelation très étroite existe entre eux. Il est bien connu qu’une eau à 20° contiendra plus d’O2 dissout qu’une eau à 35°. De même la température aura aussi des répercussions sur le DH par la modification du pouvoir de l’eau à dissoudre certaines substances minérales qui modifieront le pH. Tout ceci pour montrer que les caractères physiques et chimiques de l’eau n’évoluent pas indépendamment les uns des autres.

Il y a aussi certains facteurs qui sont souvent ignorés lors de l’étude du milieu d’origine des cyprincdontidae, c’est la teneur respective de l’eau en sels minéraux tels que le Ga, K,Na, Mg et en substances organiques. Ces facteurs ont une importance considérable dans la répartition géographique des cyprinodontidae et plus particulièrement des poissons a cycle court

tels que les Nothos.

En conclusion, l’avenir dans l’étude d’une espèce devra obligatoirement comprendre une connaissance plus approfondie du milieu phyeico-chimique dans lequel vivent les cyprinodontidae.

Cette connaissance sera indispensable si l’on veut interpréter correctement certaine aspects de la spéciation en rapport avec la régionalisation des rivulinés‘

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Retrouvez l’article dans la revue d’origine (3ème numéro de 1976)

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